Pensez-vous éduquer votre fille de la même façon que votre garçon ? Souvent, la réponse est non. En effet, le déterminisme social conduit à mettre les petits garçons dans une case et les petites filles dans une autre : la société nous renvoie en permanence des messages sur le genre induisant ce que doit être le rôle féminin ou le rôle masculin. Vous n’avez qu’à feuilleter les catalogues de jouets pour comprendre quelles sont les attentes sociales pour votre fille et celles pour votre garçon… Parfois, sans même qu’on s’en aperçoive nécessairement, les clichés de genre nous rattrapent et polluent notre éducation. Et si nous abordions une autre façon d’élever son enfant ? Que diriez-vous d’une éducation loin des carcans de la société qui permettrait à son enfant de se sentir libre d’être qui il est vraiment ? C’est ce que propose l’éducation non-genrée.

Qu’est ce que l’éducation non-genrée ?

L’éducation non-genrée n’a pas pour vocation de gommer les différences entre les filles et les garçons mais plutôt d’élever son enfant sans faire de distinction qu’il soit fille ou garçon. Lorsque l’on parle d’éducation de non-conformité de genre, on part alors du postulat que le genre de l’enfant ne détermine pas ses goûts ou encore ses compétences. L’idée est d’ouvrir un maximum le champ des possibles à son enfant, de prendre conscience des constructions sociales ancrées et de combattre les stéréotypes liés au genre et la pression que nous subissons. 

Il ne s’agit certainement pas de forcer un petit garçon à jouer à la poupée ou une petite fille à bricoler, mais de s’interroger sur les systèmes de références établis, les remettre en cause et les démanteler. L’ambition de l’éducation non déterminée par le genre est d’élargir au maximum les possibilités et donc d’encourager la construction identitaire de son enfant.

Pourquoi une éducation non-genrée ?

Astrid Leray, spécialiste de l’éducation non sexiste explique que « Seuls 10 % des connexions neuronales sont faites à la naissance, les 90 % restantes se créent par la suite en fonction de notre histoire personnelle, de nos expériences et de nos apprentissages. ».  Le rôle de l’éducation est donc déterminant pour notre enfant.  Il s’agit de ne pas restreindre le développement de son enfant mais au contraire de lui offrir toutes les opportunités de se découvrir et s’épanouir en conséquence.

L’éducation non-genrée au service de la construction identitaire de l’enfant

Il n’y a pas de caractéristiques liées au genre qui soient innées : les enfants ne se définissent pas uniquement par leur sexe. Comme des petits scientifiques, ils observent ce qui les entoure. Par conséquent, ils sont influencés par leur environnement et le monde extérieur. Que ce soit à l’école, dans les dessins animés, les livres, chez eux ou chez des amis, des signaux leur sont envoyés et les impactent. Nos réactions, nos attitudes vont être perçues par nos enfants, les formant à penser ce qu’ils sont voués à être. Un petit garçon attiré par les paillettes percevant un rictus s’il décide de se déguiser en princesse en déduira donc que c’est source de moqueries et que ce n’est pas pour lui alors que lui pourtant, aimait les paillettes. 

Il est donc nécessaire d’adopter une attitude montrant à votre enfant qu’il a le droit de tout expérimenter sans être limité par les normes sociales.

L’éducation de non-conformité de genre permet d’aider son enfant à se construire, de le guider pour découvrir véritablement qui il est, ses goûts, ce qu’il aime, sans être dénaturé par les barrières posées par la société.

L’éducation non genrée contre les inégalités sociales

Quel parent souhaite à son enfant de devenir un futur macho ou une femme limitant son ambition professionnelle ?

L’enjeu de l’éducation non déterminée par le genre, et pas des moindre, est également sociétal.

Les inégalités entre filles et garçons commencent dès le plus jeune âge. Les études le démontrent : les filles et les garçons ne sont pas élevés de la même façon. Ainsi, la turbulence chez les petites filles est souvent moins tolérée que chez les petits garçons parce que considérée comme plus « normale » les concernant.

Encore aujourd’hui, les croyances selon lesquelles c’est aux garçons de se montrer dominants ont la peau dure, et il y a fort à parier qu’une petite fille à qui on aura inculqué qu’elle doit se montrer calme et discrète n’osera pas accéder à des postes à responsabilités. L’éducation non-sexiste lutte contre ces injustices sociales. Respectueuse de l’égalité des sexes, elle encourage les progrès sociaux. Pour preuve, la Suède – pionnière de la pédagogie neutre fait partie des pays les plus égalitaires du monde.

Comment adopter une éducation non genrée ?

Faire sa propre introspection en tant que parents.

Analyser les messages que l’on transmet s’avère être la première étape. Vouloir appliquer une éducation non-genrée passe aussi par s’interroger sur les modèles que l’on incarne et les rôles dans lesquels on s’enferme. Il arrive aussi que dès l’annonce du sexe de son enfant, on se projette, on s’imagine partager des moments bien précis avec lui comme faire de la pâtisserie avec sa fille, du camping avec son fils… Il est donc important de ne pas restreindre le potentiel de l’enfant par des attentes qui influencent notre façon d’éduquer et veiller à garder l’esprit ouvert.


Se rappeler que l’éducation passe par l’exemple.

Comme mentionnés plus haut, les enfants sont de véritables observateurs et nous imitent. Leur façon, de percevoir les choses est conditionnée par les schémas dans lesquels ils auront grandi. Sur le sujet de la répartition des rôles par exemple : en voyant papa et maman se répartir à parts égales les tâches ménagères, l’enfant ne considérera pas qu’elles relèvent plus de l’un ou de l’autre, mais qu’elles concernent bien les deux.

Dialoguer avec son enfant.

Il est parfois difficile de faire respecter ses choix éducatifs par son entourage, et vos enfants peuvent se retrouver confronter à des maladresses plus ou moins conscientes. L’éducation que l’on reçoit et ce que la société attend de nous peuvent s’entrechoquer. Il est nécessaire de les préparer à cette pression sociale en échangeant avec eux, d’éveiller leur conscience pour qu’ils soient en mesure d’imposer leur choix et leurs envies que cela plaise ou non. Combien de petites filles ont renoncé à l’idée de jouer au foot parce qu’on leur aura rétorqué que ce n’était pas pour elles ?

Diversifier les jouets et les couleurs des vêtements


Peut-être être l’avez-vous remarqué, il est plus souvent proposé aux garçons des jeux d’aventure, d’exploration et aux petite filles des jeux d’imitation : jouer à la maman, à la maîtresse etc … Encore une fois, il faut veiller à ne pas orienter le choix de l’enfant en tendant systématiquement les poupées hypersexualisées aux petites filles et les voitures aux petits garçons, mais au contraire de diversifier les jouets un maximum.
Les couleurs sont pour tout le monde pas vrai ? Et pourtant, il est récurant que le bleu soit assigné aux petits garçons et le rose aux petites filles. Sans pour autant bannir le rose pour les filles, il ne faut pas oublier que c’est une couleur qui a aussi sa place dans la garde-robe d’un garçon. L’idée est à nouveau de laisser la possibilité à son enfant de développer ses propres goûts.
Trouver des vêtements non-genrés peut d’ailleurs s’avérer être une tâche difficile, mais heureusement certaines enseignes commencent à se mettre à la page.

Les prises de conscience des parents sur le rôle que joue l’éducation octroyée  à leurs enfants sur les inégalités hommes-femmes sont de plus en plus nombreuses sur ce sujet qui concerne tout le monde. Néanmoins, malgré ces avancées, certains parents ayant opté pour cette méthode éducative doivent faire face à des réactions d’incompréhension parfois virulentes.  Bien que notre époque soit en train de vivre un véritable un tournant, il reste néanmoins encore beaucoup de chemin à parcourir pour tordre le cou aux clichés et stéréotypes de genre.

Pour aller encore plus loin dans la réflexion, nous vous proposons de découvrir le reportage Arte « petite fille » de Sébastien Lifshitz, une ode à la liberté d’être soi.